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TOL PRESSE DU MARDI 08 AOUT 2012 – Publié le : 8 août 2012 à 0 h 35 min

Un ministre limogé pour avoir violé un décret portant réglementation du baccalauréat. Sans doute une première dans l’histoire politique des vingt dernières années tant il est vrai qu’avant le cas Ahmed Djidda Mahamat, les départs forcés d’un ou de plusieurs membres du gouvernement sont, à l’exception de quelques uns, essentiellement motivés par des soupçons de malversation.
Le procédé choisi pour justifier le renvoi du désormais ex-ministre de l’Enseignement supérieur est lui-même quasiment inédit : une sorte de Conseil de guerre restreint présidé par le Premier ministre Emmanuel Nadingar avec autour de lui quelques ministres, dont celui de la Justice, triés sur le volet écoutant attentivement le primus intrer pares débiter l’habituelle litanie des banalités sur l’œuvre de « renaissance au cœur de l’action du gouvernement », avant d’annoncer l’objet du tohu-bohu médiatique : annulation partielle des résultats du baccalauréat 2012 et probable engagement de « poursuites judiciaires » (sic) contre le ministre démis de ses fonctions le 1er août.
Cumul de sanctions politique et judiciaire. Il ne fallait pas sauver le soldat Djidda en quelque sorte. Tout un symbole !
Mais que s’est-il donc passé ? Rappelés par Emmanuel Nadingar lors du point de presse du 3 août (vidéo TOL sur dailymotion), les faits à l’origine du limogeage du ministre de l’Enseignement supérieur sont relativement simples mais d’une exceptionnelle gravité, faut-il le reconnaître. En effet, alors qu’un décret n° 525/PR/PM/MSRSFP/2010 fixe à au moins 10/20 la moyenne d’admission au diplôme de baccalauréat, le ministre Ahmed Djidda Mahamat a décidé de passer outre en abaissant la moyenne minimale à 8,25/20, ordonnant par voie de conséquence le « repêchage » illégal des candidats médiocres.
Erreur de jeunesse ou bourde de débutant ? Concéder au ministre sortant l’une ou l’autre de ces maladresses, c’est lui trouver des circonstances atténuantes qu’il ne mérite peut-être pas vu la spécificité du département dont il avait la charge et le nombre plus que suffisant de techniciens chevronnés qui n’ont certainement pas manqué de lui rappeler la quintessence des textes régissant le baccalauréat.
Le Premier ministre Emmanuel Nadingar parle d’« incohérences » et d’ « irrégularités » dont il tient Ahmed Djidda Mahamat pour personnellement responsable ; celui-ci étant accusé d’avoir causé de tort aussi bien aux candidats qu’à l’Etat.
Assurément bridé par une sorte de suffisance arrogante qu’on observe chez la plupart des parvenus propulsés au sommet du pouvoir sans une transition politique ou technocratique minimale et nécessaire, Ahmed Djidda Mahamat s’est cru pouvoir s’octroyer impunément des prérogatives exorbitantes pour porter à la hausse le nombre des admis dans « l’intérêt général ». Morceau de bravoure et d’inconscience. L’inexpérience n’y est pour rien.
Le chef du gouvernement n’a pas été consulté pour une décision aussi grave. Une attitude qui révèle une fois de plus le peu de considération qu’ont certains ministres vis-à-vis d’Emmanuel Nadingar, jugé inapte à diriger de soi-disant « multi-diplômés », lui qui aurait arrêté ses études au niveau Bac +2.
Pour autant, les « poursuites judiciaires » évoquées par le Premier ministre sont-elles opportunes et justifiées sachant qu’en toute hypothèse Ahmed Djidda Mahamat ne devrait, en principe, pas être traduit devant une juridiction de droit commun puisqu’ayant agi dans le cadre de ses fonctions ministérielles. Quant à la Haute cour de justice, la liste des infractions assimilées à la « haute trahison » qui intègrent son champ de compétence est limitativement énumérée par la Constitution (art.174). La violation du décret n° 525/PR/PM/MSRSFP/2010 ne fait pas partie de cette liste.
Le gouvernement devra préciser à l’opinion nationale ce qu’il entend par « poursuites judiciaires » et dire devant quelle juridiction Ahmed Djidda Mahamat sera éventuellement traduit si sa culpabilité est établie.
Emmanuel Nadingar devra de la même façon expliquer ces « raisons d’équité et de justice » (sic) qui autorisent son gouvernement à violer une seconde fois le décret n° 525/PR/PM/MSRSFP/2010 en décidant d’organiser « une nouvelle session spéciale du bac en octobre 2012 » pour tous les candidats n’ayant pas obtenu la note de 10/20 lors de la session ordinaire.
Nul n’étant au dessus de la loi, le gouvernement ne peut ainsi agir que sous le couvert d’un texte législatif ou réglementaire, encore qu’il serait parfaitement illicite d’offrir une seconde chance à des candidats médiocres ; tentative qui d’ailleurs « a valu [à Ahmed Djidda Mahamat] son départ du gouvernement » selon les propos exacts du Premier ministre.
Le respect des lois et règlement s’impose à tous, et pas seulement aux « ministrons » interchangeables.
Lyadish Ahmed
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