Enquête: Les dessous du vrai-faux déversement pétrolier

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TOL presse du mardi 10 sept 2013–Publié le : 10 sept 2013 à 00 h 55 min
Lundi, septembre 9, 2013, 2:48
DJERASSEM LE BEMADJIEL MINISTRE DE L'ENERGIE ET DU PETROLE----2-06-2013 03-55-45
Le Tchad a suspendu, le 13 août dernier, les activités de la filiale tchadienne de la compagnie pétrolière China National Petroleum Corporation  (CNPC). Raison invoquée: violation des normes environnementales.Le Miroir s’est interrogé sur cette soudaine accusation des autorités tchadiennes vis à vis de leur partenaire chinois. Y-a-t-il eu un déversement intentionnel? Pourquoi avoir attendu si longtemps? Qu’est ce qui explique l’attitude du gouvernement tchadien? Enquête.
« Non seulement ils n’ont pas d’équipements pour le nettoyage de brut qui était déversé, mais c’est en plus un déversement intentionnel dans le souci de réduire les coûts », a dénoncé le ministre du Pétrole tchadien, Djérassem Le Bémadjiel (photo).  Mais, jusqu’au moment de publier cet article, il n’a toujours pas précisé la durée de la suspension de la China National Petroleum Corporation International Chad  (CNPCIC), responsable des forages litigieux à Koudalwa dans le sud du pays.
Au lendemain du déversement, les autorités tchadiennes ont exigé la présence à N’Djamena, capitale tchadienne, d’un haut dirigeant de la CNPCI. Sans tarder les chinois ont envoyé dare-dare le vice-président de la compagnie. Il a pour mission de dissiper le malentendu et de procéder avec les autorités à la reprise des activités de forage. A sa descente d’avion, le ministre lui a signifié, par écrit, l’expulsion de 4 responsables des entreprises chinoises. Cela avant d’entreprendre toute négociation. « C’est choquant de procéder ainsi», dit un cadre cadre chinois. Et rajoute, « il faut d’abord poser le problème, se parler, avant de traiter son partenaire de la sorte. J’ai travaillé dans plusieurs pays. Je n’ai jamais vu des choses pareilles.»
Contacté par le Miroir, des hauts dirigeants de la CNPCIC rejettent en bloc les accusations du ministre. Ils soutiennent qu’il n’y pas eu de déversement intentionnel. À notre question: mais tout le monde a vu ces espèces d’immenses piscines à ciel ouvert remplies de mazout? C’est quoi alors?  «Bien qu’il y ait quelques erreurs,  Il n’y a pas 36 façons de procéder à des forages tests. Dans toute l’industrie pétrolière on procède presque tous de la même manière. On creuse des trous mais on prend soin de mettre en dessous du matériel imperméable pour protéger le sol. Ce que nous avons fait », dit un responsable chinois. Pour lui, les responsables tchadiens profitent de toutes les occasions pour fustiger les chinois au Tchad. « Ce n’est pas bon. La Chine est un grand ami du Tchad. » La preuve: c’est que le ministre a ignoré le résultat de test du sol effectué pour prouver l’innocence de la CNPCIC. Certaines sources au ministère tchadien du pétrole, affirment sous le sceau de l’anonymat que la compagnie chinoise a raison. Et s’interrogent: « Pourquoi c’est aujourd’hui que les ministres du Pétrole et celui de l’environnement crient au scandale? Où sont les équipes de contrôle? C’est la même compagnie chinoise qui fait des forages partout sur les sites pétroliers au Tchad. Pourquoi on ne crie pas au scandale avec Griffiths?» Ils répondent la main sur le cœur que leur ministre n’a jamais pris au sérieux le travail des équipes de contrôle. Selon un cadre du ministère, cette histoire cache une lutte d’intérêt. Le Miroir a tenté, sans succès, d’entrer en contact avec le cabinet du ministre pour confronter le ministre aux affirmations de la CNPC.
De plus, le ministre  Le Bémadjiel à annoncé le lancement d’un audit général du secteur pétrolier. Cet audit sera mené par le Cabinet américain Alex Stewart International. Coûts l’opération: 2 millions de dollars. Des sources proches du dossier affirment que le ministre et son entourage ont développé une industrie des audits. « Pour le cas du site des rôniers, un audit n’est pas nécessaire. Des inspections et des contrôles sont largement suffisants », dit un haut fonctionnaire du ministère. Selon plusieurs spécialistes, les audits sont du gaspillage de fonds public. Exemple: l’année dernière un audit a été fait à la raffinerie. Le contrat a été accordé pour le même montant, $2 millions  au cabinet CAC. Pour un résultat contestable. Dans cette affaire le ministre Bémadjiel est en conflit d’intérêt. Ou au moins en apparence de conflit d’intérêt. Parce qu’il est même temps ministre du Pétrole mais aussi directeur général adjoint de la raffinerie. Il continue allègrement d’avoir 2 salaires dans le même secteur. En tant que ministre, il décide de l’orientation de la politique énergétique du pays. Et comme directeur adjoint de la raffinerie, il est dans la production et la vente des produits énergétiques.
Pour mieux comprendre les dessous du désormais vrai-faux déversement, il faut prendre en compte 2 aspects du contentieux:
Un, l’attitude cavalière des responsables tchadiens de demander, à chaque incident, un peu plus aux chinois obéit à une logique: protéger les intérêts personnels de certains hauts responsables tchadiens.
Deux, le désemparement colérique des chinois se justifie par la remise en cause, presque chaque année, de leurs intérêts. Cela a des répercussions au delà du Tchad.
Explications: Selon le plan d’investissement initial des chinois, le site des rôniers est un des maillons dans la chaine : Niger-lac Tchad-Rôniers-Komé-Kribi. Rôniers doit être raccordé bientôt au site de Komé pour être exporté le surplus vers Kribi (au Cameroun) via le pipeline. Ensuite, il faudra raccorder le projet du Lac Tchad, après l’obtention du permis d’exploitation aux rôniers. Et enfin le site du Niger, exploité par le CNPC sera raccordé au Lac Tchad. C’est pourquoi la CNPC convoitait depuis longtemps le permis d’exploitation du site du lac. Le gouvernement du Tchad a même signé un protocole d’entente avec la CNPC. Confiant de leurs affaires les chinois ont travaillé dur pour convaincre le Tchad de donner son aval au Niger afin que ce pays puisse se raccorder éventuellement au projet du lac Tchad. La CNPC espérait faire ainsi d’une pierre 2 coups. Compte tenu du fait qu’elle est aussi le maitre d’œuvre du projet nigérien. Entendu. Vendu. Les 2 pays sont contents. Le partenaire chinois l’est également. Le tout baignait dans l’huile…
Mais quelques mois plus tard, le permis de la zone du lac Tchad  n’a pas été octroyé à la CNPC malgré le protocole d’accord. Et la promesse ferme faite en haut lieu. C’est à United hydrocarbone (UH), une compagnie canadienne aux contours flous que le permis a été octroyé. En contre partie une colossale somme d’environ 40 millions d’Euros a été versé.  De plus, une bonne partie des actionnaires de UH sont des dirigeants influents qui gravitent autour du ministère du Pétrole, de la Société tchadienne des hydrocarbures (SHT) et de la présidence tchadienne.  Aujourd’hui, UH n’a semble t-il ni les compétences ni les moyens nécessaires de mener à terme ce gigantesque projet. Elle se butte au problème de l’éloignement du site. Et à la difficulté à se raccorder au pipeline. « Vous voyez le manque de vision des responsables tchadiens. c’est de l’incompétence. La seule chose qui les intéressait c’était l’argent », dit un cadre tchadien en colère. Les chinois, eux, ruminent leurs frustrations.
Entre temps, les négociations avec la CNPC au sujet du déversement du site des rôniers est au point mort. Le Tchad exige entre autres: la construction d’une station de traitement de boue de forage, l’installation d’incinérateur de déchets etc. « Nous sommes habitués au coup de gueule des tchadiens. Tout finira par s’arranger», dit un responsable de la compagnie chinoise. Pour l’instant, les chinois espèrent qu’avec le retour des vacances du président tchadien, Deby Itno, le gouvernement reconsidérera ses exigences. La CNPC compte aussi sur la bonne coopération entre les deux États. Bref, cette affaire a laissé des traces. Déjà plusieurs partenaires du Tchad trouvent que le comportement des autorités tchadiennes est versatile. « C’est irresponsable», disent-ils.
Bello Bakary Mana

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