La réalité sur le sommet Béri d’Amdjaress.

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TOL presse du jeudi 31 octobre 2013–Publié le : 31 octobre à 01 h 57 min
IDRIS DEBY A AMDJARASS - TCHADONLINE PHOTO --29-07-2013 01-59-21
On a beaucoup épilogué sur la réunion des Béris à Amdjaress; d’aucuns ont supposé qu’il s’agirait d’une cérémonie de réintronisation de Timan Deby, d’autre par contre ont insisté sur le volet succession du despote qui montre de plus en plus des signes de faiblesse. En réalité il ne s’agissait ni de l’un ni de l’autre. On se rappelle que le Président soudanais a fait la semaine dernière une sortie remarquée en déclarant devant une assistance médusée qu’il mettrait fin d’ici à la fin de l’année à toute forme de rébellion dans le Darfour, le Kordofan et dans la région du Nil bleu ! Sur qui et sur quoi  compte-t-il  pour y parvenir ? Naturellement sur Idriss Deby.
Pour ce faire, Al Béchir avait dépêché, souvenons-nous vers la moitié du mois de septembre, un membre béri du gouvernement soudanais auprès de Deby pour lui demander expressément de l’aider à combattre la rébellion soudanaise qui prend de plus en plus des proportions inquiétantes. Le raisonnement du soudanais était très simple : le Front Révolutionnaire Soudanais couve en son sein l’opposition tchadienne qui ne tardera pas à menacer directement le pouvoir de N’djaména ; de ce fait, il serait tout à fait légitime que N’djaména prenne les devants avec la bénédiction des soudanais pour se prémunir de toute surprise. L’avis de l‘opinion tchadienne n’étant pas importante quant au déploiement de ses forces à l’extérieur du pays, par contre il faudrait convaincre la communauté zaghawa de Darfour que la pérennisation du conflit a beaucoup retardé la région et continue de la retarder dans  son programme de développement. Par cette réunion, Deby sollicite donc un sauf-conduit qui lui permettrait d’intervenir directement en territoire soudanais. Ainsi 153 notables dont 9 sultans, des responsables administratifs de la région, des responsables (politiques et militaires) des mouvements politico-militaires récemment ralliés au pouvoir de Khartoum et enfin des personnalités ressources de la communauté, furent tous  conviés au siège de sultanat de Dar Bilia. Pour couronner le tout, une délégation gouvernementale conduite par le Ministre délégué à la Présidence chargé du dossier « Darfour » et le Président de l’Autorité de Darfour, était également conviée à l’assemblée. De même du côté tchadien une panoplie composée de tous les ingrédients aussi hétéroclites qu’incongrus fut conviée à la cérémonie : du Sultan en passant par des généraux en retraite et enfin naturellement des bouffons.
Pour organiser ce carnaval, le despote n’a pas lésiné sur les moyens en puisant sans gêne sur ce qui reste des fonds publics ;  en effet toute la logistique, l’hébergement et la restauration sont pris en charge par le Tchad.
A la séance d’ouverture, le sultan d’Amdjaress s’est montré dans son plus mauvais jour. Bavant comme un chameau en rut et utilisant une vieille recette militaire consistant à surprendre l’ennemi pour le déstabiliser, il s’en est pris violemment sans préliminaires aux notables les traitants de tous les mots d’oiseaux :

  • Que les zaghawas annihilent les efforts considérables faits par lui et par le Président Al Béchir pour la paix dans la zone;
  • Qu’ils sont en connivence permanente avec les rebelles de deux régimes pour les déstabiliser ;
  • Que de grands projets sont en instance de réalisation mais stoppés par l’insécurité ambiante ;
  • Qu’il leur donne un délai de 3 mois pour convaincre la rébellion soudanaise de faire la paix avec Khartoum et lui en tant que Beri, sera leur avocat auprès d’Al Béchir ;
  • Comme il a fait au Mali pour vaincre les djihadistes et en RCA pour renvoyer Bozizé, qu’il est capable d’intervenir aussi directement au Darfour pour nettoyer la zone des bandits et des coupeurs de route.
  • Qu’il met en garde  les Béris que s’ils ne font pas attention « leur pouvoir » risque de s’effriter et ce sera à leurs dépens !
  • Qu’il mettra en place une force mixte de Tissi à Tiné pour bien surveiller les activités des coupeurs de route !

La réponse des notables fut aussi cinglante que fulgurante ; d’abord ils l’ont rappelé qu’il est responsable au même titre qu’Al Béchir du génocide perpétré dans le Darfour  et du malheur des populations darforiennes de 2003 jusqu’à nos jours;

  • Que  lui et Al Béchir ont utilisé toutes les méthodes les plus abjectes contre les fils de Darfour pour les réduire dans leur simple expression ; et qu’ils ne s’attendent pas pire que ce qui a été commis.
  • Les notables lui ont rappelé aussi que le pouvoir qui dure depuis presqu’un quart de siècle et qui n’a pas profité à la communauté, ne sera d’aucune utilité dans l’avenir pour la communauté.
  • De même ils lui ont demandé pourquoi il n’y a aucun projet de développement dans le Dar Zaghawa au Tchad, supposons que l’insécurité en empêche au Darfour.

Dans sa péroraison, le despote a indiqué qu’il n’y a pas des refugiés mais des déplacés !  La nuance est de taille, en ce sens que les réfugiés  se trouvent chez eux soit du côté soudanais ou du côté tchadien ! Sur ce point les notables ont saisi la balle au bond en posant directement la question suivante à leur hôte : Si comme vous le dites les réfugiés sont chez eux et qu’ils doivent  se considérer comme des déplacés, depuis 10 ans qu’ils y sont, combien de fois, vous ou à la limite un de vos Ministres de façon officielle, leur avez rendu visite alors qu’ils vivent dans un état de dénuement total, manquant de l’eau potable et de minimum de subsistance????
Et enfin l’un des participants soudanais, général en retraite de son état et qui a été un grand soutien de Deby quand celui-ci errait au Darfour mais tombé en désuétude depuis, a déclaré en termes secs que le Darfour n’a pas besoin des forces mixtes pour sécuriser son territoire et que le Président tchadien se mêle sans discernement des problèmes qui le concernent pas !
Après cette passe d’armes, la séance fut levée. De l’avis général le climat a été très morose et la délégation officielle n’a pas du tout apprécié les interventions et les réponses des notables soudanais qui se sont comportés en véritables porte-parole de l’opposition et des réfugiés.
Le lendemain à la reprise, le dictateur est descendu de son piédestal se rendant compte de ses dérapages, il a commencé à arrondir les angles en utilisant un autre langage plus clanique et concessionnel suivi des enveloppes bien bombées ; par la suite il a demandé à l’assistance de former une commission de médiation entre le gouvernement soudanais et sa rébellion. Mais le cœur n’y est pas, le mal a été déjà fait.  Cette fois-ci, la réunion n’a pas beaucoup duré à cause  de son programme de visite en Mauritanie mais aussi à cause d’un malaise habituel du tyran.
Selon nos correspondants il n’y avait pas eu de convivialité ni de familiarité à cette réunion ; les mesures de sécurité étaient au plus haut niveau et le despote a refusé des audiences privées ou individuelles. Par contre vu du Soudan, la réunion pompeusement intitulée « réunion de la paix et du développement au Darfour »  a été une grande réussite ; presque la quasi-totalité des journaux soudanais avaient mis l’information à l’Une et en manchette. Curieusement selon la presse soudanaise, la réunion était présidée par les deux Présidents ! Pour les spécialistes des questions soudano-tchadiennes, il est indéniable que les soudanais ont eu ce qu’ils cherchaient à savoir  l’intervention quasi certaine des forces tchadiennes si le JEM persiste dans son entêtement à ne pas faire la paix avec Khartoum ; or les mêmes font remarquer que Deby ne tire jamais des leçons de ses turpitudes. Les troupes tchadiennes pourraient traverser sans inquiétude la frontière, mais entre se pavaner ostentatoirement  dans la brousse de Darfour et  s’affronter directement avec les forces de JEM, il y a une différence de taille que le sultan de Bilia refuse de voir. En tout état de cause, les rebelles, qu’ils soient de l’est ou de l’ouest, sauront prendre leur disposition.
Beremadji Félix
N’djaména – Tchad/TCHADACTUEL

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