Tchad • Jean Bernard Padaré : l’avocat qui construit scientifiquement la perte d’Idriss Deby ITNO.

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TOL presse du mardi 01 octobre 2013–Publié le : 01 octobre à 00 h 08 min
deby padare--08-05-2013 01-13-39
Après la spectaculaire et percutante intervention des militaires tchadiens au nord du Mali entre les mois de janvier et mars 2013, l’image d’Idriss Deby Itno avait été propulsée très haut dans l’applaudimètre tant en Afrique qu’au niveau de ce qu’il est convenu d’appeler la communauté internationale.
Las ! Dès le mois de mai de cette même année, cette trop belle embellie a connu une brutale et fulgurante inversion à cause de multiples exactions perpétrées au Tchad par … la justice : interpellations  et incarcération arbitraires de journalistes, de députés et même de quelques officiers supérieurs de l’armée, puis dans la même foulée le déclenchement de la procédure judiciaire au Sénégal contre l’ex président  Hissein Habré. Autant d’initiatives malvenues et inopportunes qui portent la griffe et l’estampille du seul Jean Bernard Padaré, ministre de la justice, Garde des sceaux d’Idriss Deby qui – et on se demande même s’il ne faudrait pas l’en féliciter –  est en train d’organiser  lentement et sûrement la perte de l’homme fort de N’Djamena. Tout laisse  même croire qu’il le fait scientifiquement !
Au lendemain des spectaculaires victoires des militaires tchadiens dans les massifs des Ifoghas au nord du Mali, l’image d’Idriss Deby scintillait comme un sou neuf. Il n’y en avait que pour lui dans les journaux, les radios, les bulletins des journaux télévisés et la presse en ligne aux quatre coins du monde. Il faut le dire, le chef de l’état tchadien faisait figure de véritable petit Saint Bernard systématiquement prêt à voler au secours des états africains en péril de décomposition.
On l’avait déjà vu en Centrafrique, à la fin de l’année 2012, barrer la voie aux troupes de la Séléka au moment de leur première offensive. Sans l’interposition de l’armée de Deby, les troupes rebelles n’auraient fait qu’une bouchée des militaires complètement démobilisés de François Bozizé au mois d’octobre 2012 : les forces de Deby leur avaient barré la route -, mais il y a lieu de souligner qu’elles eussent aussi contribué cinq mois plus tard à la chute du régime de Bozizé. Le cynisme de Deby s’affichait au grand jour -.
Trois mois plus tard, c’est le Mali, loin de l’Afrique centrale, en plein cœur de l’Afrique de l’ouest, qui est férocement tenu en coupe réglée par des djihadistes  ayant divisé le pays en deux.
Sans avoir été sonné par qui que ce soit, et alors que l’armée Française venait d’y faire une entrée absolument controversée, le général-Sultan-président tchadien s’invite sur le théâtre des opérations et y expédie ses militaires. Les résultats sont éblouissants et surpassent les prévisions les plus folles : les troupes tchadiennes lancées aux avants postes – elles ont payé un lourd tribu.
Du coup, Idriss Deby prend figure de preux chevalier des temps modernes et devient subitement fréquentable.
Personne ne pense plus à toutes les misères que subit et endure  le peuple tchadien depuis 23 ans sous sa dictature. Tous et chacun n’ont plus d’yeux que pour les exploits des soldats tchadiens lancés au secours de la démocratie et de l’intégrité territoriale de tout pays au bord de la désintégration.
Pourtant tout cela n’a guère duré longtemps, car un personnage central du régime d’Idriss Deby  s’est subitement appliqué à déconstruire l’image du Zorro tchadien en quelques semaines : Il s’agit de Jean Bernard Padaré,  ancien avocat qui, en son temps  avait été constitué par la famille Deby Itno pour suivre le dossier de l’assassinat de Brahim Deby à Paris.  Depuis la dernière élection présidentielle de 2011, cet avocat atypique est devenu, par la seule volonté de l’actuel maître du Tchad,  ministre de la justice, garde des sceaux dans le gouvernement de la république du Tchad.
Mais voilà : Padaré, technicien du Droit et professionnel de la protection des droits – jusqu’à son entrée au gouvernement –   semble s’acharner depuis quelques mois, et ce contre toute logique,  à multiplier et accumuler les entorses au Droit contre ses compatriotes dans un pays où celui-ci n’était déjà pas très respecté.
Sous le prétexte d’une conspiration, par ailleurs demeurée improbable jusqu’à ce jour,  presqu’une demi-douzaine de députés, ont été arrêtés, atrocement interrogés dans les services de la police politique, puis jetés en prison, sur son ordre. Sans même qu’ait été procédée, comme le prescrit la loi,  la levée préalable de leur immunité parlementaire.
Contre autant de journalistes, le ministre de la justice  a fait intenter, puis diligenté des simulacres de procédure pour de  pseudo motifs de diffamations ou de prétendues propagations de fausses  nouvelles.
Ces journalistes ont été  arrêtés puis  emprisonnés sans autre forme de procès. Le plus pathétique étant que la majorité de ces communicateurs  embastillés en vrac et au pas de charge étaient, il n’y a pas bien longtemps,  ses amis ou des collaborateurs de son journal.
Toute cette croisade, pourrait-on s‘interroger, pour aboutir à quoi ? à pas  grand-chose au final,  puisque tous ces journalistes qui avaient  sommairement été expédiés en prison, viennent de  recouvrer la liberté à la queue leu-leu après avoir été condamnés à des peines de prison avec sursis. Conclusion judiciaire en demi-teinte qui illustre donc la démarche absolument erratique de la justice Tchadienne dans sa nouvelle forme de répression de la presse.
Mais ce n’est pas qu’au Tchad seulement que Padaré aura dirigé sa furia contre les journalistes tchadiens. En effet,  il a mis tous les moyens en marche pour traquer Makaila Nguebla, un blogueur tchadien installé au Sénégal depuis plusieurs années. A cet effet,  Padaré a exigé et obtenu des autorités sénégalaises l’expulsion  du jeune blogueur. Celui-ci a alors été jeté dans le premier avion, comme un simple colis, par l’administration de Macky Sall à destination de nulle part.
L’avocat d’hier, devenu ministre aujourd’hui,  a par ailleurs humilié et sommairement expédié en prison des officiers supérieurs de l’armée, et même des caciques du MPS, le parti d’Idriss Deby, sous le perfide prétexte de la fameuse « conspiration » imaginaire.
Autant de  tonitruantes manœuvres qui ont réinstallé le spectre du viol permanent du Droit et des droits fondamentaux des citoyens au Tchad.
Au total, le Tchad aura ainsi vécu, ces trois derniers  mois, une infernale pluie de tracasseries, d’arrestations, de détentions illégales et même d’internements dans des geôles secrètes. Le tout opéré en toute illégalité sur hautes instructions du ministre de la justice, ramenant ainsi le pays aux heures les plus torrides de son Histoire.
Le plus surprenant étant que tous ces tourments, dignes seulement du sinistre régime de la Terreur des années 1800 en France, sont initiés, conduits et suivis de près par un juriste dont on se souvient qu’il fustigeait à cor et à cris – il y a trois ans encore –  les frasques, travers et dérives extra judiciaires du régime MPS.
Conséquence : l’image de tortionnaire, de tyran et de dictateur d’Idriss Deby a repris toute sa place dans la conscience et le subconscient collectif national et international.
Et comme si tous ces repoussants excès  ne suffisaient pas, le même Padaré s’est mêlé de remettre en marche et même d’accélérer la procédure judiciaire – pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre  –  contre Hissein Habré qui était en exil depuis plus de 20 ans au Sénégal. Occasion qui a servi le prétexte aux autorités de ce pays de se saisir de l’ancien chef d’état tchadien comme d’un vulgaire malpropre, et de le placer sans ménagement sous les verrous.
Et du coup, les observateurs les plus froids de la politique africaine se sont mis à se poser de profondes questions sur l’opportunité même de ce fameux procès contre Hissein Habré. Car au moment où ce dossier s’ouvrira, si les magistrats qui en auront la charge se montrent un tant soit peu impartiaux, ils se trouveront bien incapables, à la vérité,  de juger et de condamner Hissein Habré tout seul en maintenant Idriss Deby à distance. Ce serait de la magie judiciaire.
Padaré n’ignore pas que durant les huit ans de règne d’Hissein Habré, Idriss Deby avait occupé d’importantes fonctions très à côté de celui-ci pendant cinq ans. Il ignore encore moins que les anciens responsables de la DDS  qu’il fait inculper et emprisonner aujourd’hui à tour de bras dans la perspective de les présenter devant le tribunal comme les exécutants des basses œuvres d’Habré, avaient continué d’officier à de hauts postes de responsabilité dans ce même office après la prise du pouvoir par Deby.
Interpelés aujourd’hui pour avoir servi Hissein Habré pendant moins de temps qu’ils ne l’ont fait pour Deby, que ne pourraient-ils pas vomir devant le tribunal au moment de leur comparution pour se venger ?
A l’aide de quelles voltiges juridiques ou par le biais de quelles contorsions procédurales pourrait-on juger et condamner Habré sans évoquer ou associer Deby dans la responsabilité de la plupart des actes posés en huit ans de règne?
Et s’agissant des témoins à charge que l’accusation se prépare à déporter du Tchad vers le Sénégal, Padaré sait pertinemment  que malgré le bataillon de présumés témoins qu’il s’emploie à mobiliser dans le but de témoigner contre Habré, le risque est inévitablement  grand d’en dénombrer autant, sinon plus, qui pourraient surgir subitement devant la barre contre Idriss Deby.
Ce qui pourrait plonger le procès dans le cocasse cas de figure de l’accusateur transformé en complice ou en coauteur au cours des débats.
N’est-ce pas ce que rechercherait secrètement Padaré ?
Cet avocat en rupture de ban ignore-t-il qu’il s’avèrera extrêmement difficile de dissocier la responsabilité d’Idriss Deby de celle de celui qui est trainé devant la justice dans la gestion du Tchad, et même par rapport aux  actes de répression politico-militaire reprochés au régime Habré, dans la mesure où l’actuel chef de l’Etat tchadien a longtemps été le chef d’état-major de son prédécesseur avec la haute main sur  l’armée, les services de renseignements et  la police politique ?
Autre élément matériel que recherche frénétiquement l’accusation dans la logique de ce procès : les charniers. Ces fameuses fosses communes dans lesquelles, dit-on, des millions de victimes d’Hissein Habré auraient été sommairement entassés tout le long de son règne.
Ce qui est vrai et indéniable est qu’il existe une multitude de charniers et fosses communes un peu partout dans ce pays où chaque région  compte de multiples sites ayant servi de champs de bataille. Après les combats, les morts  –  soldats comme civils victimes des dégâts collatéraux –  étaient enterrés sur place.
Des voix dignes d’intérêt interpellent en tout cas déjà les enquêteurs et autres chercheurs de charniers de tous bords,  à faire le distinguo entre ces divers  charniers qui datent en réalité de tous les conflits et de toutes les guerres du Tchad depuis plus de trente ans.
Ainsi, quand l’on ose seulement réaliser que ces charniers que le parquet ambitionne de présenter comme des preuves irrécusables des « massacres » d’Habré –  pourraient se muer en non preuves, on conviendra avec beaucoup d’observateurs sceptiques que ce fameux procès contre Habré déclenché de façon trop désinvolte pourrait se retourner contre Idriss Deby lui-même !
Mais ce n’est pas tout, car on est même loin d’avoir épuisé le décompte des bourdes du ministron Padaré : ne voilà-t-il pas que ce personnage invariablement gaffeur, et comme habité d’une obstination forcenée à clouer au pilori l’homme qui l’a fabriqué, a tout récemment signé une ordonnance de non-lieu comme conclusion de l’enquête menée par la commission gouvernementale tchadienne pour ce qui concerne la disparition du leader politique Ibni Oumar Saleh ?
Cette ordonnance tombée comme un sale cheveu dans la soupe, juste avant que les enquêteurs mis en mission par le parquet de Dakar n’arrivent à N’Djamena, a fait l’effet d’une véritable provocation à l’endroit de ces investigateurs qui ne sont obnubilés que par la recherche forcenée du moindre élément pouvant constituer même seulement un début de preuve.
Et c’est l’occasion, une fois de plus de se demander si Padaré ne joue pas sciemment contre Idriss Deby. D’autant plus qu’il n’est nul besoin d’avoir une mémoire d’éléphant pour se souvenir qu’au lendemain de la bataille de N’Djamena en février 2008, Jean Pierre Padaré avait été le premier avocat commis par la famille Ibni pour obtenir la vérité sur sa disparition.
De là à conclure que Jean Pierre Padaré sait tout ce qu’il fait, il n’y a qu’un petit pas à faire, car cet avocat ne fait jamais rien par hasard. Il ne fait jamais rien par inadvertance.
En décidant de faire arrêter et d’emprisonner des journalistes en vrac, il savait que c’était là un moyen infaillible pour ulcérer les organisations internationales de défense des journalistes – ainsi que celles des droits de l’homme – et de les pousser à l’hystérie. Ce qui a été le cas.
En s’en prenant les yeux bandés aux députés par de brutales arrestations exécutées sans la levée préalable de leur levée d’immunité parlementaire, l’actuel patron de la justice savait par avance que la seule personne qui en porterait la responsabilité ne sera autre que Deby. Objectif atteint.
En traquant impitoyablement le blogueur Makaila Nguebla jusqu’au Sénégal, et en obtenant sa sauvage expulsion, Padaré avait mesuré d’avance le retentissement qui s’en suivrait. Réussite sur toute la ligne.
En optant de déclencher brutalement l’ouverture du procès Hissein Habré au Sénégal, Jean Bernard Padaré imaginait que c’était le moyen idéal pour inviter Malicieusement Idriss Deby devant un tribunal hors du Tchad et de susciter, le plus naturellement  du monde, sa responsabilité directe dans la gestion de son prédécesseur.
Dernière grossièreté de Padaré : Après avoir maintenu les journalistes en prison pendant trois mois au prétexte de pseudo diffamations par voie de presse, le voilà qui vient d’ordonner qu’on leur inflige une peine de trois ans d’emprisonnement  … avec sursis. Peine assortie de leur remise en liberté immédiate !
La cerise sur le gâteau pour l’heure  – car on ne sait pas où s’arrêtera Padaré la gaffe – est bien évidemment le non-lieu qu’il vient de prononcer au terme des investigations de la commission d’enquête gouvernementale au sujet de la disparition de l’opposant Ibni Oumar Saleh.
En reconnaissant explicitement dans cette ordonnance que c’étaient bel et bien des militaires de la garde présidentielle qui avaient enlevé l’homme politique, mais qu’il s’est avéré impossible de les identifier, Padaré savait très bien que cette sorte de demi-aveu n’aurait aucun sens et qu’à la limite il couvrirait la justice tchadienne de ridicule. Donnant l’impression que le Tchad se moquait du monde entier.
Pour tout dire, Jean Bernard Padaré est en train de réussir  le formidable exploit d’enfoncer Idriss Deby au propre comme au figuré dans des pièges qui devraient bien le ferrer et le perdre. Cet avocat devenu  ministre grâce à d’acrobatiques contorsions est en train de réussir là où tous les politico militaires ont échoué : piéger Deby et le trainer devant la justice internationale avec son propre consentement.
Et le moins qu’on puisse dire est que, pour le moment, il se débrouille plutôt bien dans sa subtile logique !
Par www.ndjamena-matin.com

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